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Rétrospective surprise pour Zhang Yimou

by Huguette Roberge

L'organisation de « Célébration du cinéma Impérial et le Festival des films du monde--a décidé de rendre hommage à Zhang Yimou, le plus connu (avec Chen Kaige) des cinéastes chinois, par une rétrospective de six de ses films. Sauf que personne n'a songé à en prévenir le principal intéressé,tout surpris de l'apprendre, hier, au début de l'entrevue qu'il accordait à La Presse.

« L'événement offre 17 longs métrages sé lectionnés par le gouvernement de Beijing, dont un des miens, L'Histoire de Qiu Ju, une femme chinoise. C'est pourquoi je fais partie de la délégation venue pour l'occasion » dit M. Zhang (Yimou est son prénom), par son interprète québécoise d'origine chinoise, Mme Xiang Qianying, professeure de français et cinéphile.

En fait, on trouve bien 22 films au menu, cinq autres longs métrages signés Zhang Yimou s'ajoutant à Qiu Ju, pour compléter la rétrospective en l'honneur du cinéaste: Le Sorgho Rouge, Épouses et concubines, Vivre, LaTriade de Shanghaï et nez, sourit en répétant: Merci !

S'il appartient, par l'âge (47ans) et l'expérience, au groupe dit de la « cinquième génération », Zhang tente d'échapper à ce filet réducteur par le style et le choix des sujets. Ainsi, son dernier film, Keep Cool (pas encore sorti de Chine), s'adresse résolument aux jeunes. « On a dit chez nous qu'il paraît avoir été tourné par un jeune, et ça m'a vraiment fait plaisir ! »

Avant de passer à la mise en scène, Zhang a fait des études en cinéma et travaillé sur les plateaux des deux côtés de la caméra, comme acteur, puis chef opérateur, ce qui lui a permis d'acquérir l'exceptionnelle maî trise de la lumière qu'on lui reconnaît. Tout en s'inté ressant passionnément à celle de la Chine.

Sa trilogie d'époque (Le Sorgho, Qiu Ju et Époux et concubines) a fait de Zhang Yi mou le meilleur chroniqueur d'une Chine, où depuis longtemps, la femme s'efforce de conquérir un pouvoir souvent dérisoire. D'où lui est venu cet intérêt particulier pour la condition féminine dans son pays ? « Je trouve que l'histoire des femmes est beaucoup plus intéressante que celle des hommes. Les

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femmes ont été opprimées pendant deux millénaires en Chine. Et le cinéma se prête merveilleusement à leurs histoires complexes et douloureuses...

Mais les temps changent. Et à son avis, les Chinoises, qui ont pié tiné si longtemps, ont beaucoup progressé récemment. « La situation sociale des femmes évolue. Rapidement dans les villes, où les femmes ont un statut égal à celui des hommes, et parfois supérieur. Par exemple, le chef de notre délégation est une femme, Mme Zhao Shi, sous-ministre de la Radio, du Film et de la Télévision en Chine, et elle est plus jeune que moi ! Mais l'évolution est, hélas, beaucoup plus lente en milieu rural, où il existe encore une grande inégalité entre les femmes et les hommes, profondément ancrée dans les mentalités. On apprécie toujours bien davantage les garçons que les filles. »

Tous ses films sont d'époque, saauf le dernier, Keep Cool, tourné autour d'un jeune héros contemporain et en milieu urbain. On peut en déduire que Zhang Yimou se sent davantage inspiré par la nouvelle Chine unifiée.

« Depuis dix ans, nuance-t-il, la vie s'améliore pour tout le monde en Chine, y compris pour les cinéastes. Certains ont même une voiture ! Avec le rapatriement de Hong Kong et le formidable essor suscité par l'économie de marché, on trouve de plus en plus de producteurs privés, prêts à investir dans le travail de création. Personnellement, je n'ai pas besoin de courir après l'argent. Ce serait plutôt l'argent qui me court après ! »

Et sur le plan de la liberté d'expression?

« Alors là, le progrès est relatif. Si maintenant l'État finance tres peu la production cinématographique--entre 100 et 150 longs métrages par année -- il tient toujours le cinéma, non pas pour une industrie, mais une affaire de culture, et il exerce en conséquence un contrôle sur les idées transmises à l'écran. On ne peut pas faire ce qu'on veut ! »

À son avis, face au cinéma de divertissement (américain) le cinéma chinois n'est tout simplement pas compétitif sur son propre marché. « Mais en matière culturelle et artistique, le cinéma chinois est toujours très fort. »

Non, les États-Unis ne lui ontpas fait signe. « Je ne parle pas l'anglais, dit-il, et je ne sais rien de ce pays. Or, je ne puis traiter que de ce que je connais bien : la Chine. »

Depuis 1987, Zhang Yimou a tourné un long métrage par an. Mais cette année, il en tournera deux, avec dans les rôles principaux, des actrices encore à trouver. Un cinéaste majeur. À suivre.

 


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